Un questionnement inattendu : la transmission

Je ne me suis jamais posée la question de la transmission. LA question : que vais-je laisser derrière moi ? Même lorsque je pensais vouloir des enfants, ce n’est pas la question de la transmission qui était au centre de cette décision, mais juste le fait d’être mère. Maintenant que je sais que mon envie d’enfant était plus dicté par la société qu’une envie viscérale, je ne me posais encore moins la question de la transmission.

Mais l’esprit est étrangement fait et nous surprend bien souvent.

Un lundi matin, je n’avais pas dormi de la nuit et je suis allée à mon bureau (je suis habituellement en télétravail mais une journée de temps en temps, je retourne au bureau. Surtout pour passer du temps en présentiel avec les collègues que j’apprécie) en transports en commun. Je ne sais pas vous, mais moi j’adore les transports en commun. Avoir la possibilité d’aller où l’on veut en se laissant bercer. Laisser libre cours à mes pensées ou simplement me laisser porter, c’est un vrai bonheur pour moi. Et ce matin là, alors qu’il faisait nuit, que je voyais la ville défiler, mes pensées sont allées vers ce questionnement : la transmission et après ma mort, que va-t-il rester de moi ? Où irons mes possessions ? Mon ours qui danse que j’aime tellement, où ira-t-il ? Mes photos avec mes amies; mes cadres qui disent qui je suis ?…

Etonnantes questions. Déstabilisantes questions. Inattendues questions.

Ce qui est déjà sûr c’est que, pour moi, la transmission n’est pas liée à la maternité. J’espère aujourd’hui être déjà dans cette transmission. Etre déjà en train de semer des graines et d’y laisser une infime part lumineuse de moi autour de moi. Que ce soit en mes amies lors de nos longues conversations ou moments partagés, mais aussi chez des inconnus dont j’ai croisé la route au détour de mon chemin. J’aime à me voir comme ce petit caillou qu’on lance dans une eau calme, et ce petit caillou va créer des ronds dans l’eau. Des ronds qui proviennent du même endroit mais qui grandissent petit à petit. Ce petit caillou que je suis a créé une perturbation qui se déplace. Mon énergie a circulé et a troublé l’eau qui se déplace. Pour moi, c’est ainsi que je vois ma transmission.

Néanmoins, je me suis vue désirer avoir des enfants. Une fille pour lui transmettre tout ce que j’ai appris pour me construire en tant que femme. Lui permettre de se respecter, de respecter son corps, ses limites. De n’avoir pas honte de son sang, de son corps qui change, d’assumer à voix haute ses choix (qui vont de la couleur à ses idées, en passant par l’apparence), de ne pas se conformer aux attendues chez une femme. De faire ses choix en conscience. Et tout mon héritage de « sorcière », le partager, le lui transmettre. Un garçon pour lui transmettre tout ce que j’ai appris en me construisant en tant que femme. Lui permettre de se respecter, de respecter son corps, ses limites, et de respecter les femmes ou hommes qu’il croisera. D’assumer ses choix, quels qu’ils soient. De pleurer autant qu’il en ressent le besoin, car pleurer c’est aussi être un homme. De l’accompagner dans sa construction. Et j’en ai été profondément déstabilisée. Déjà parce que je me demande si je serai mère (si je le souhaite vraiment), s’il n’est pas trop tard. Et aussi parce que je n’avais jusque là jamais ressenti ce besoin.

Et puis est venue également la question de la mort. La mort est-elle vraiment une fin ? Est-ce une bifurcation ? Est-ce l’occasion d’un renouveau ? Et alors, à l’aube de mes 35 ans, qu’ai-je donc fait de cette vie ? Je suis toujours très impressionnée quand je vois le chemin parcouru, les combats menés par une jeune Emma Watson ou Malala. Je n’ai jamais eu la prétention de devenir une Michelle Obama ou une Mandela. Je n’ai pas leur histoire, ni leur combat. J’ai choisi ces différentes figures pour vous faire comprendre rapidement où va ma pensée. Ces différentes personnes, par leurs prises de position, leurs choix, leur portée médiatique, changent la vie de nombreuses personnes. Ce sont des modèles, humains, certes, mais des modèles. Et moi dans tout cela ? Et bien moi, mon unique but dans la vie est d’être heureuse. Vous me direz, c’est un sacré but quand même. Le bonheur. Etre simplement heureuse. Alors, certes, dans ma quête, je ne vais sûrement pas changer le monde, le rendre plus doux, moins violent. Mais j’espère que ma quête du bonheur rendra les gens autour de moi heureux, leur donnera des pistes pour à leur tout être heureux, quelque soit la forme de leur bonheur.. Néanmoins, cela ne résout pas cette question de la mort qui marque malgré tout une fin. Je me suis alors vue remercier l’univers. Je l’ai remercié d’être toujours en vie, de me permettre de suivre cette quête du bonheur, d’avoir rencontré (et de rencontrer) des personnes exceptionnelles qui continuent leur chemin avec moi. J’ai remercié l’univers de n’avoir pas encore avoir été touchée personnellement par de grands drames, de grandes pertes qui creusent un vide au fond de soi qui ne peut jamais être comblé. J’ai remercié l’univers de me permettre d’être une contemplative, parfois excessive, souvent hors du temps. De m’émerveiller de tout : une couleur dans le ciel, la forme d’un nuage, mes grains de beauté, le sourire d’une amie, le regard d’un.e inconnu.e. Cela me rend riche. Une richesse que je savoure, dont je perçois à quel point elle est exceptionnelle.

A la fin de cet article, je confirme n’avoir pas de réponse à ce besoin de transmission, à ce questionnement lié à la mort. Mais je me sens heureuse. Et chanceuse. Et ce sont des sentiments qui me rendent légère.

7 réflexions sur “Un questionnement inattendu : la transmission

  1. etoile31 dit :

    Je lis et je vois, je reçois dans ce que vous exprimez ainsi en ce texte la lecture de la substance des éléments que vous transmettez de chaque instant en l’Akasha…. Et c’est en cet Akasha, je pense que notre rencontre s’effectue…, effectivement

    Aimé par 1 personne

  2. Aldor dit :

    Ce que je vais transmettre : j’y accordais beacoup d’importance lorsque, plus jeune, j’avais de grandes ambitions ; mais depuis lors, ce sujet a quitté mes préoccupations. Je veux dire : ce qui m’intéresse n’est pas ce que JE vais transmettre mais CE qui va être transmis – que ce le soit par moi ou par d’autres n’a aucune importance.

    Aimé par 1 personne

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