De la difficulté d’écrire son mémoire ou quand l’impression d’une fin n’est que l’occasion de prendre du recul sur le chemin parcouru

Ecrire ce mémoire m’a été très difficile.

Tout d’abord parce que je déteste les fins. Et j’avais vraiment l’impression qu’en écrivant ce mémoire ce serait une fin. Et pour moi, ce n’est pas une fin. Je sens que j’ai encore beaucoup à découvrir et cela me semblait trop tôt pour déjà écrire un mémoire sur ce cycle fondamental. Mais il faut bien à un moment faire le point. Ce qui m’a finalement permis d’ouvrir les yeux, prendre de la hauteur, et, à mon sens, franchir une nouvelle étape. Pour moi, le mémoire peut être perçu comme une très longue phéno-description du cycle fondamental de sophrologie caycédienne. Ainsi, par son écriture, j’engramme profondément le chemin parcouru, les prises de conscience, les étapes passées. Le mémoire est pour moi un point à aujourd’hui qui marque à la fois le chemin parcouru par rapport à mon point de départ initial et un nouveau point de départ.

Ma première réaction, quand nos formatrices.eurs nous ont annoncé qu’un mémoire serait à écrire en fin de formation, a été de m’exclamer : « Encore un, maintenant j’ai l’habitude. Il va se faire vite. » Conscience ordinaire qui ne voyait pas encore ce qui lui est demandé. Contrairement à mes autres mémoires où c’était moins notre pensée propre que nos idées cautionnées par d’autres spécialistes avant nous, le mémoire attendu à la fin de formation du cycle fondamental de sophrologie caycédienne est ce qui, à mon sens, se rapproche le plus du terme « mémoire », c’est à dire une « faculté comparable à un champ mental dans lequel les souvenirs, proches ou lointains, sont enregistrés, conservés et restitués. Garder, recueillir, retrouver quelque chose dans sa mémoire ; revenir à la mémoire. » (définition du centre national de ressources textuelles et lexicales). Ce mémoire est nous, notre parcours, nos bouleversements, nos questionnements, nos avancées. Et avant d’être lu ou transmis, il est avant tout un moyen pour nous d’enregistrer, de conserver et de restituer cette formation de dix-huit mois.

Je ne pensais pas que cela soit si difficile. Déjà pour dé-lier mon écriture, mes pensées. J’avais à la fois l’impression d’avoir énormément à dire, et en même temps si peu. Quelles séances, révélations, instants vécus pendant ces dix-huit mois sont-ils pertinents ? Lesquels offriraient un vrai plus à ce témoignage vivantiel ? Et en même temps, c’est très personnel de se livrer ainsi.
Ecrire sur le vivantiel,l’existenciel et le phénoménologique, c’est aussi se mettre à nu. Et ainsi prendre conscience, faire un pas de côté pour comprendre le chemin parcouru. Avec l’écriture de ce mémoire, j’ai découvert à quel point je suis restée longtemps dans le contrôle, dans l’absence de lâcher-prise, dans la conscience ordinaire avec mes peurs, mes doutes,… Et pourtant au fond de moi, je sens que j’ai vécu intensément chaque séance de sophrologie. Là où j’ai découvert que le contrôle malgré tout continuait de s’exercer, c’était dans mes phéno-descriptions. Je pensais y trouver nombre de témoignages de ce que j’avais ressenti, des bouleversements que cela impliquait, les émotions qui apparaissaient et aussi les différentes étapes dans la découverte, je dirais même dans la reconquête, de mon corps et de la connexion entre ma conscience et mon corps. Or ce ne fut pas le cas. Mes phéno-descriptions pendant très longtemps sont restées très cliniques. Je décrivais ce que se passait dans mon corps mais sans exprimer d’affect. Ce qui est très étonnant est que lorsque j’abordais ces séances vécues autour de moi ou simplement lorsque j’ai relu pour mon mémoire mes différentes phéno-descriptions, les mots que j’ai utilisés ou les ressentis qui sont revenus étaient très différents, bien plus intenses, bien plus intimes, bien plus riches finalement que les mots écrits lors de ces phéno-descriptions (ce qui est intéressant de remarquer, à mon sens, c’est que finalement même si les mots restaient, disons, pauvres, ils ont malgré tout engrammé réellement les séances puisque même en lisant les quelques mots, je ressens à nouveau ce que j’ai vécu dans chaque séance). Ce mémoire m’a donc offert une vraie prise de conscience. Qui s’est confirmée lors du dernier module. En effet, plusieurs caycé’douces m’ont affirmé à quel point mes dernières phéno-descriptions étaient très différentes de celles que je partageais habituellement. Et je ne comprenais vraiment pas pourquoi. Pour moi, mes phéno-descriptions étaient les mêmes. Certes, plus longues, mais étant en RDC4, cela ne me semblait pas si étonnant. Et c’est là où je me trompais. Effectivement, mes dernières phéno-descriptions sont très différentes car j’ai lâché prise et j’ai exprimé plus intimement ce qui se passait certes dans mon corps mais également dans mes émotions, dans mes ressentis, dans mes sentiments. Mes phéno-descriptions sont devenues plus profondes.

Le mémoire m’offre donc une respiration, une sorte de pause pour me permettre de prendre du recul, prendre un peu de hauteur et me rendre compte du chemin parcouru. Et cela m’étonne tout en me rassurant énormément. M’étonne parce que (et c’est là où je vois, au moment où j’écris ces mots, ma conscience ordinaire se manifester), je me suis toujours targuée d’être dans le lâcher-prise quand je suis dans une situation de soin. Chez mon ostéopathe, chez ma thérapeute, et aussi en sophrologie. Mes soignants m’avaient déjà fait remarquer que je mettais beaucoup de temps à lâcher-prise et à montrer ce qui se cache derrière. Je vais être franche, j’entendais ce qu’ils disaient mais n’en comprenais pas toute la portée. Pour moi, j’étais dans une démarche de soin, donc dans tous les cas, je m’ouvrais, je ne mettais pas de limites. Mais ce n’est pas parce qu’on parle de tout, qu’on ne limite pas. Avec cette formation de sophrologie caycédienne, j’ai enfin pris conscience de ce que cela induisait.

J’ai commencé cette formation dans l’idée d’utiliser la sophrologie comme un outil. Par conséquent, certes, cela allait me donner quelques outils dans ma vie personnelle, mais rien de révolutionnaire. J’avais vraiment comme vision de la sophrologie une manière de détendre son corps et de moins prendre à cœur les événements et d’être dans un mieux être général. Idée préconçue. Mais qui finalement est restée longtemps ancrée au fond de moi. Inconsciemment, je canalisais la sophrologie à un outil, que j’utiliserai par la suite pour les autres, mais qui aurait assez peu d’impact dans ma vie. J’ai donc abordé la formation ainsi. D’abord apprendre l’origine, découvrir les travaux d’Alphonso Caycédo, ce qui l’a amené à créer la sophrologie, les sources d’inspiration de la sophrologie. Ensuite apprendre les outils, la méthode. Certes les tester, mais un peu comme on testerait un outil lambda avec une notice. Pour transmettre, il vaut mieux connaître la notice. Alors, certes, il fallait tester les outils sur soi, mais, je dirais « même pas peur , allons-y ». De toute façon, je me connais, je sais qui je suis, je sais pourquoi je suis là. Pas d’inquiétude. Bien sûr, nos formatrices.eurs, et même Frédéric dès l’entretien avant d’entrer dans l’école, nous prévenaient sur ce qu’était la sophrologie. A quel point c’est presqu’un art de vivre, une manière d’être (quand je dis être, je veux dire d’être à soi, d’être au monde) et pas que dans les mots mais vraiment dans leur être, dans ce qu’ils dégageaient. De même, dès le premier module, on nous donne une définition de la sophrologie caycédienne. Mais cela restait des mots et, soyons honnête, mon intellect avait fait son malin, avait compris les mots et finalement avait mis la sophrologie dans une case spécifique, avec un cadre spécifique : la sophrologie est une méthode avec des techniques spécifiques. Venant de quelqu’un qui déteste les cadres, qui aime déborder, je trouve avec le recul que c’était assez comique comme attitude.

Il m’a donc fallu beaucoup de temps, des entraînements qui ont permis un changement subtil mais qui s’est bien ancré, et enfin l’écriture de ce mémoire pour faire mienne la définition de la sophrologie caycédienne qui aujourd’hui résonne réellement, profondément en moi :
« La Sophrologie Caycédienne est une discipline qui permet à chacun de développer une conscience sereine au moyen d’un entraînement personnel basé sur des techniques de relaxation et d’activation du corps et de l’esprit. Elle est fondée sur l’observation et l’étude de la conscience, de la perception corporelle et de la relation corps-esprit, ainsi que de leur influence sur le mode de vie »

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