Du corps à la corporalité : de la douleur à la découverte naïve et joyeuse de mes grains de beauté

Lorsqu’on parle de connexion au corps, il y a d’abord une réaction dubitative, une sorte de déni. Pas connectée à mon corps ? Quelle idée. Je sens bien la différence entre le moment où je suis nue et celle où je porte des vêtements. J’ai bien conscience de mes pieds sur le sol quand je marche ou je cours. Je sens bien l’autre quand je lui serre la main, le prend dans mes bras ou fais l’amour avec. En quoi ne serais-je pas connectée ? Mais à l’instant où on se reconnecte à soi, en conscience, on se rend compte à quel point nous étions déconnectés. Le corps ne crie plus. Le moindre de ses chuchotements est entendu. Ce peut être un fourmillement, un début de tension dans les épaules, un pied plus sensible quand il ne fait qu’effleurer la surface du sol, des touches de clavier qui sont plus présentes quand on écrit. Jusque-là, ma déconnexion à mon corps me semblait allant de soi, « normale ». En thérapie, j’ai travaillé sur ma naissance (aux forceps) et mes différentes séances avec mes ostéopathes ont confirmé cette déconnexion au corps. Pour moi rien d’anormal. C’était ainsi. Tous les trois mois je devais aller chez mon ostéopathe car mon corps était bloqué. Cela se situait surtout au niveau du sternum (centre des émotions chez moi) et au niveau des cervicales et des épaules. Concrètement, je pouvais me mettre en colère et avoir un corps parfaitement calme et détendu, ou au contraire, être dans une émotion calme et pourtant avoir un corps tendu. J’avais quelques moments de connexion, par exemple lorsque je danse mais surtout parce que j’étais plus dans le lâcher-prise et la sensation que dans l’intellect. Je percevais mon corps plus comme une entité séparée de celle que je suis vraiment, au fond de moi. Très souvent, j’exprimais ma volonté d’harmoniser mon esprit et mon corps. L’idée finalement était de perdre du poids pour que mon corps soit plus léger, plus conforme à ce que j’imaginais qu’il devait être pour exprimer, pour symboliser celle que j’étais au fond de moi. Je voyais donc ma relation à mon corps comme un combat permanent entre mon esprit qui tendait de plus en plus vers celle que je suis intimement et ce corps qui pour moi était si déconnecté de celle que j’étais. Et puis, au détour d’un article sur madmoizelle, j’ai découvert une vidéo de Marion Seclin qui s’adresse avec tendresse à ce corps avec lequel elle est si souvent en conflit. Et ses mots m’ont particulièrement touchés. Par la suite, j’ai découvert la série « Cher corps » où des femmes témoignent sur leur rapport à leur corps. A mon tour, j’ai écrit une lettre à mon corps où je hissais le drapeau blanc et le remerciais d’être mon vaisseau en ce monde. Malgré toute la sincérité de mon écrit, cela n’a rien changé. J’étais toujours en conflit avec lui, toujours à me demander pourquoi il ne se conformait pas à ce que j’attendais de lui. Et c’était une douleur, une honte, un tabou.

Et puis j’ai commencé ma formation pour être acquérir la méthode de la sophrologie caycédienne et j’ai pris conscience que ce que je prenais pour acquis, pour normal et ce combat perpétuel étaient en fait ma conscience ordinaire qui finalement m’inscrivait dans des schémas répétitifs.

Lors du premier degré, j’ai réalisé que mon corps est ma maison. Je ne peux pas déménager quand cela me chante ou m’arrange, mais je peux la modifier, rajouter des éléments, faire tout simplement en sorte de m’y sentir au mieux. Ce qui est assez nouveau est qu’on ne va pas mettre de côté ce qui va mal, on accueille sans se focaliser. On se rend compte que le regard qu’on porte dessus donne sa place à nos problématiques. Les différentes séances permettent réellement de se réinscrire dans le présent, je dirai même dans le présent objectif. Le corps prend toute sa dimension. Cette inscription a pour moi commencé, et cela a même duré de nombreux mois, dans la douleur. Lorsque je me repenche sur mes phéno-descriptions, j’y vois presqu’à chaque fois les mots « lourdeur », « douleur », « tension », « mal de tête », « corps qui tangue »,… Forcément en sophrologie, c’est une réalité positive que l’on cherche à engrammer. Lire les termes cités ci-dessus questionnent et à première vue ne s’inscrivent pas dans les attendus de la sophrologie caycédienne. Pourtant, pour moi cette douleur était extrêmement positive. Tout d’abord parce qu’elle, je dirai, me prouve, que mon corps est vivant. Pas uniquement quand je vais me taper une partie de mon corps contre un pied de chaise ou un coin de table. Mon corps est un organisme vivant qui a toute sa place. Mon corps existe et je suis connectée à lui. Alors, certes, j’aurai pu m’attendre à plus de douceur dans cette révélation. Mais cela m’a parlé. Ces douleurs, ces différentes manières pour mon corps de se révéler, de s’exprimer, ont été très positives. Pour moi, je l’ai vraiment vécu comme une mue. Quand on regarde la nature, les naissances, cela ne se fait pas toujours dans la douceur. Et puis, cela faisait bien une vingtaine d’années que je niais mon corps. Il avait intégré beaucoup de rejet, de refus d’être vu, d’être pris en compte dans sa présence, dans sa globalité. Forcément, cela allait être un réveil assez complexe, confus. D’autant plus que mon mental y mettait son grain de sel. En effet, en lisant mes premières phéno-descriptions que j’ai, du coup, confronté à mes souvenirs et surtout à mes dernières phéno-descriptions, j’ai découvert pour la première fois de ma vie à quel point mon vocabulaire pour évoquer ce qui se passait dans mon corps était limité. J’ai vraiment pris au pied de la lettre le « ça pique, ça gratte » mais sans comprendre, sans appréhender toutes les nuances possibles. Je me suis donc circonscrite à quelques termes, très vagues finalement, pour décrire ce qui se passait dans mon corps. Ainsi, pendant plusieurs mois, il m’était très difficile de faire les techniques clefs debout (à part la conscience de la verticalité). Les seuls mots qui me venaient alors étaient « jambes lourdes ». Je ne cherchais pas à analyser plus finement le phénomènes. Ayant en plus des problèmes de circulation du sang, c’était ainsi, point. Puis, l’une des caycé’douces m’a offert une première clarification : les jambes sont lourdes car la force de l’ancrage est trop forte. J’ai alors commencé à intégrer corporellement cette notion d’ancrage. Pourtant, on avait très vite intégré la conscience de la verticalité et donc l’ancrage dès le début des séances. Mais cela ne s’était pas engrammé dans mon corps. Cela n’avait pas pris sens. Étrangement, je n’ai pris conscience de cet ancrage, que finalement j’ai ancré mon corps, je me suis ancrée dans mon corps, qu’il y a récemment. J’en ai pris conscience lors du module de la sophrologie ludique où l’animatrice a proposé une courte séance qu’elle a nommé « l’arbre ». Et d’un coup, dans mon esprit, j’ai pris conscience que j’étais ancrée. Mon corps était là, à sa place, à la fois stable et léger. Bien présent à l’ici et maintenant et à moi. Cela fait plusieurs séances que c’était le cas mais c’est réellement lors de cette séance que je l’ai réalisé.

Les mains ont été l’autre canal à travers lequel j’ai perçu mon corps. On ne se rend pas toujours compte à quel point nos mains sont le premier organe pour le sens du toucher et l’inscription du schéma corporel. Même si les mots me manquaient, j’ai toujours beaucoup apprécié l’inscription de mon schéma corporel par mes mains. Les yeux fermés permettent étrangement au mental de s’écarter et de laisser simplement, objectivement, les mains découvrir le corps. La première fois que j’ai pris conscience de mon schéma corporel par mes mains, je n’ai pas ressenti de rejet. Ça a été mon premier étonnement. Moi qui était toujours dans le combat par rapport à mon corps, toujours à le critiquer, paradoxalement, quand j’ai mis mon mental de côté et que je me suis inscrite dans la découverte objective de mon corps, mon corps me semblait proportionné, « normal ». Je n’en rejetais pas un seul endroit. Tous étaient acceptés. Et ça a été un premier pas assez fort et intense. Mais cette objectivité dans la prise de conscience de mon corps parfois était en contradiction avec les émotions ressenties. Lors d’une séance RDC1 sur les systèmes 1, 2 et 4, voici la phéno-description que j’ai écrite : « Lors SBV, un peu tanguée. Après détente 5e système : dessous des pieds fourmillements comme une brûlure. Système 1 : prise de conscience que ma tête n’est pas énorme ni mon nez. Bien proportionnée. Douleur tout le long de la nuque et la colonne lors mouvement tête en avant. Système 2 : lors mouvement apparition point sur omoplate gauche et sur épaule proche cou (toujours côté gauche). Système 4 : pas de rejet puisque je savais ce que j’allais toucher. Donc impact moins important. Bien senti le mouvement. PPI : plutôt une détente générale. Stimulation des capacités : pas d’impact. Ça ne me parle pas. Après désophronisation douleur aiguë bas du dos mais en forme ». A première vue, une séance classique me concernant. Et pourtant, en la relisant, ce qui a été le plus marquant n’est à mon sens par la phéno-description en tant que telle mais ce que j’ai vu. J’écris au stylo-plume. Et ce que j’ai vu, c’est que l’encre a bavé à plusieurs endroits. Et en relisant cette phéno-description et en voyant l’encre diluée, tout m’est revenu. En effet, les mots cliniques n’ont pas résisté à l’émotion, à mon ressenti quand j’ai partagé oralement ma phéno-description. Je trouve que cette phéno-description matérialise bien cette déconnexion entre mon corps et mon esprit. Mais qui finalement se sont connectés lors de l’échange oral.

Cette découverte de mon corps, de ma corporalité, se faisait jusque-là dans le cadre de séance de sophrologie caycédienne, donc dans un cadre défini avec un début, un milieu, une fin. Or, plus récemment, depuis disons 8-9 mois, j’ai remarqué que très régulièrement, mes mains se touchent, se découvrent, s’explorent… vraiment. Cela peut sembler étrange de placer cet adverbe mais il me permet de mettre l’accent sur la vérité objective de ces explorations de mes mains. Je prends réellement conscience de mes mains. Leur forme, les différentes textures qui les composent, le grain de la peau, la forme de mes ongles, les marques (cicatrices et aussi les plis, les rides des mains). Ce qui est étonnant c’est que la perception que j’ai de mes mains n’est pas toujours la même. J’ai même très souvent l’impression de les découvrir, de les re-découvrir. Ce sont bien mes mains, je les reconnais. Déjà visuellement mais également au toucher. Pourtant ce que je ressens est différent. Pas à chaque fois mais régulièrement. Par ces expériences, je me rends compte que certes j’ai engrammé mon corps objectivement dans ma conscience, mais que finalement ce corps change. En fonction des saisons, des humeurs, des émotions, des situations. Et que cette corporalité est à (ré-)actualiser régulièrement pour rester ancrée à soi, en soi. J’ai pris conscience par mes mains que mon corps est aussi l’instant présent. Et qu’en l’activant je perçois les choses dans sa globalité.

De même, il y a quelques semaines, j’ai soudainement réalisé que j’avais quelques grains de beauté à mon avant-bras gauche mais très peu à mon avant-bras droit. Et j’ai surtout découvert ces grains. Réellement, de manière presque tangible. Cela peut faire sourire dit comme ça : « 35 ans, elle découvre les grains de beauté de son avant-bras gauche ». Mais ça a été vraiment une prise de conscience soudaine. Et je me suis vue, consciente, avec ce nouveau regard, à regarder mes grains de beauté, à prendre conscience de leur couleur, leur forme, leur emplacement sur mon avant-bras gauche et d’en ressentir une joie. Une joie à la fois simple mais presque infinie. Une joie enfantine. Une joie aussi teintée de ce nouveau regard sur moi, décomplexée, beaucoup moins dans la comparaison et la critique. J’ai juste pris du plaisir à découvrir ces grains de beauté et à les inscrire dans ma conscience. Ces différentes étapes m’ont permis de partir à la découverte du contenant, c’est-à-dire mon schéma corporel pour maintenant y mettre du contenu. C’est mon espace à moi, ce qui fait moi. Mon corps symbolise la matière dont je suis faite, qui je suis pleinement. Je ne cherche plus à le modifier. Il est là, je l’intègre, je m’y intègre pleinement. J’en suis fière, je m’y sens bien. Et cela se ressent énormément dans ma manière d’en parler. Depuis quelques jours, la question de mon corps venait dans les conversations et quand j’en parle, je suis présente à lui. Ce n’est plus mon intellect déconnecté de mon schéma corporel. C’est toute ma corporalité qui s’exprime. Et cela a pour conséquence de ressentir, d’avoir incorporé en moi un sentiment de légèreté. Actuellement, je me sens à la fois très ancrée, très présente et pourtant très légère. Et je peux être ainsi grâce à tout ce travail qui va de la découverte de mon corps à ma corporalité, c’est-à-dire ma réalité vécue au moment où je le vis, ma conscience de mon corps.

Et ce nouvel état d’esprit fait que je comprends maintenant pourquoi beaucoup de « douleurs » se cristallisaient sur mon sternum. En fait, c’est simplement que ma région phronique attendait de s’exprimer librement. C’est une drôle de sensation, comme s’il y avait un élément en plus. A la fois tangible et intangible mais bien présent. Ma région phronique est maintenant présente à chacune de mes séances, que ce soit une séance de RDC1 ou une séance de RDC4. Elle est là, elle vibre et vraiment se remplit de chacune de mes expériences.

4 réflexions sur “Du corps à la corporalité : de la douleur à la découverte naïve et joyeuse de mes grains de beauté

  1. etoile31 dit :

    À lire cet article, j’ai déjà l’explication de la qualité de vos précédents articles et ce qu’il contiennent des découvertes de vous-même avec leurs effets induits sur votre équilibre personnel

    J'aime

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