Ces blessures qui ne seront jamais des cicatrices

J’ai rencontré une personne. C’est quelqu’un de bien. Quelqu’un qui me déstabilise. Il est soignant. Je ne parle pas de son métier (même si effectivement son métier est d’être soignant). Je parle de son essence profonde. C’est la première fois que je rencontre un soignant. D’habitude, la soignante c’est moi. Alors c’est inhabituel.

Un soir, je rentrais chez moi. C’est un jour où je ne me sentais pas belle. Mais vraiment. Profondément. Intimement. C’était vraiment difficile. Pourtant, je regardais mon reflet dans le miroir. J’ai essayé de le regarder objectivement. D’y voir ce que j’y voyais habituellement : mes yeux en amande et rieur, ma jolie ligne de sourcil naturelle, ma bouche pulpeuse, mon corps harmonieux. Bref, d’y voir ce qui me plait, d’y voir ma sensualité. D’y voir ce que l’autre voit. Mais rien. Je ne voyais que mon gros ventre, mon double menton, mes yeux fatigués,… C’était difficile. Et là, il m’a écrit. Simplement, en message éphémère, « tu es belle ». Et ce message, sans attente, a juste été un cadeau. Un cadeau bouleversant. Ce qui est étonnant c’est qu’il avait mis éphémère 3s. J’aurais pu ne jamais voir ses messages. En ressentir l’essence, peut-être. Et pourtant, je les ai vus. Et quand je lui ai demandé pourquoi il m’avait écrit ces messages éphémères, il m’a simplement répondu qu’il devait les envoyer. Il l’a ressenti. Cette synchronicité m’a beaucoup apporté : de la douceur, un sourire, de l’apaisement. D’habitude, c’est moi qui offre cela. De le recevoir a été un bienfait inattendu.

Nous nous sommes vus plusieurs fois. Cela aussi est plutôt inhabituel avec les hommes qui sont de passage dans ma vie. A chaque fois une connexion est là, il y a comme une évidence. Du moins, de mon côté. La dernière fois que nous nous sommes vus, nous avons fait l’amour. Et il m’a pénétré. Cet après-midi a été un beau moment. Il y a vraiment eu du partage, des rires, un dialogue des corps. C’était beau. Il n’y a pas d’autres mots.

Mais voilà, par la suite, je n’ai plus eu de nouvelles. J’avoue n’avoir pas écrit le lendemain. Peur de paraître trop attachée, peur de n’avoir pas de message, peur tout simplement. Je lui ai écrit le surlendemain. Et je n’ai pas eu de réponse. Ce silence a vraiment été éprouvant. Vraiment éprouvant. Tout ce que j’ai vécu m’est revenu. L’abandon après chaque relation sexuelle. Les mensonges que l’on m’a dit simplement pour coucher avec moi. Alors que moi c’était mon cœur que j’offrais, du moins c’est ainsi que je le vivais. J’ai tellement souffert pendant cette semaine de silence. Automatiquement, j’ai ramené cela à moi, à ces hommes qui m’ont violentés. Je me suis inquiétée aussi pour lui.

Et puis il m’a écrit. Trois jours après ce moment de partage. Trois jours ce n’est pas grave. Ce n’est pas long. Mais moi, je me suis vue abandonnée, je me suis vue mise de côté, presque « mise à la poubelle ». Tout ce que j’avais vécu est remonté. Pas les souvenirs car je ne les ai plus. Plutôt l’empreinte qu’ils ont laissée dans mon corps, en moi. Pourtant, je pensais vraiment avoir fait la paix avec ces hommes. La paix avec mon histoire, avec les choix que j’ai fait. Avec les violences que j’ai vécu. Mais ce n’est pas si simple.

Je pense que cette expérience éprouvante m’a fait comprendre, conscientiser cela. Certaines blessures ne deviendront jamais des cicatrices, elles restent des blessures. Bien sûr, bien moins vives qu’au début. Si je devais faire un parallèle, au début lorsqu’on a une blessure, c’est une plaie à vif, et par la suite, cela devient juste une peau un peu rougie, légèrement sensible. Et je peux vivre avec ces blessures qui ne sont pas, qui ne seront jamais des cicatrices. A moi d’accueillir ce moment, pleinement.

Et pour franche, ce n’est pas encore gagné. J’ai fait la paix avec mon histoire. Mais accueillir les moments de doute, les peurs, la douleur quand ces plaies se réouvrent un peu plus, ce n’est pas encore ça. J’ai bien vu pendant cette courte période à quel point ce sont mes peurs qui m’ont dominée. J’en ai été totalement esclave, dépendante. Plus rien n’avait de goût, je n’avais plus aucune estime pour moi. Je me suis refermée comme une huitre. J’ai senti comme une muraille qui s’est reconstruite autour de mon cœur pour me couper de mes émotions, de mes envies, de mes attentes. Et c’est cela que je souhaite changer. Mes blessures sont là. Elles font partie de moi. Mais elles n’ont pas à guider ma vie, à déterminer celle que je suis dès qu’un événement les fait réapparaitre/ressentir plus fortement.

2 Replies to “Ces blessures qui ne seront jamais des cicatrices”

  1. A mon sens, plus que les blessures, qui effectivement sont éphémères, c’est d’une manière d’être soi-même et d’être vivante et au monde dont il s’agit dans cette appréhension de la vie et du Présent, de la Réalité. Et vous l’exprimez parfaitement et en conscience en évoquant la peur, les peurs, les émotions liées à la mémoire des rejets, des abandons. Plutôt que d’en avoir peur, pourquoi ne pas les accepter es intégrer, les assimiler….? Ces peurs et ces chocs de rejets et d’abandons….
    Être soi-même c’est simplement être sa propre histoire avec son vécu, le pire et le meilleur.
    Les blessures sont éphémères, comme les Joies,effectivement. Les entretenir et les cultiver inlassablement procure la sensation, l’impression d’exister, mais ce n’est pas la réalité de l’action, ce n’est pas vivre que ressasser continuellement,
    Des nouvelles de ce garçon depuis…?

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    1. Je n’ai pas peur de ces blessures. Elles font remonter des peurs. Je les ai acceptées mais je ne sais pas encore disons « faire avec », peut-être les « conscientiser ».
      Je confirme pour le « être soi-même » ^^ Par contre, je n’entretiens pas ces blessures, ni les cultive inlassablement. Bien au contraire. Je m’y confronte pour justement éviter de les ressasser 😉
      Je ne côtoie plus de « garçon » depuis pas mal d’années 😉 Et oui, j’ai revu cet homme.

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